Recours au poème

Un visage ne va pas de soi

1er octobre 2015

Un visage ne va pas de soi

EXTRAITS
À la fonte des sables
Serons-nous trop morts
Pour voir
Ce qui se cachait sous le temps ?
*****
Une vieille penche sa fenêtre
Sa maison
Moment où tout bascule
*****
À présent que la guerre
se déclare dans un murmure
Il faut prêter l’oreille
Pour mourir
*****
Le trop plein du miroir
Quand le moi éclabousse
Un poème qui ressemblerait
Trop à un poème
En serait tout sauf un
*****
Où la branche s’enracine
Prend le bleu tout autour
Les pupilles se dilatent
Jusqu’au ciel (…)

Ce qui est épars de Jacques Viallebesset

1er mai 2015

Ce qui est épars de Jacques Viallebesset

L’aube rosée
Au-delà du trou noir le bleu de l’amour
Et la blessure ouverte qui creuse le cœur
Sauf l’amour la souffrance brûle tout
La nuit je veille l’aube rosée des fleurs
Par-delà le manque et la séparation
Dans l’ardente impatience de l’absolu
Il sera encore temps pour être heureux
Quand viendront des jours meilleurs
Mon amour montera à l’assaut du ciel.

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.