Recours au poème

Un visage ne va pas de soi

1er octobre 2015

Un visage ne va pas de soi

EXTRAITS
À la fonte des sables
Serons-nous trop morts
Pour voir
Ce qui se cachait sous le temps ?
*****
Une vieille penche sa fenêtre
Sa maison
Moment où tout bascule
*****
À présent que la guerre
se déclare dans un murmure
Il faut prêter l’oreille
Pour mourir
*****
Le trop plein du miroir
Quand le moi éclabousse
Un poème qui ressemblerait
Trop à un poème
En serait tout sauf un
*****
Où la branche s’enracine
Prend le bleu tout autour
Les pupilles se dilatent
Jusqu’au ciel (…)

Ce qui est épars de Jacques Viallebesset

1er mai 2015

Ce qui est épars de Jacques Viallebesset

L’aube rosée
Au-delà du trou noir le bleu de l’amour
Et la blessure ouverte qui creuse le cœur
Sauf l’amour la souffrance brûle tout
La nuit je veille l’aube rosée des fleurs
Par-delà le manque et la séparation
Dans l’ardente impatience de l’absolu
Il sera encore temps pour être heureux
Quand viendront des jours meilleurs
Mon amour montera à l’assaut du ciel.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.