Rencontre au Mali

Yvon Le Men

Se confond
avec l’ombre de la case
la couleur de l’enfant.

Ses yeux noirs
plus noirs que sa peau
éclairent l’obscurité de la case.

Il n’a jamais vu d’homme blanc
ni le moindre de ses enfants
dont il aurait pu protéger les jeux
écouter les histoires de nègres

qui faisaient peur.

Il aurait pu alors
rire de la crainte qu’elles inspiraient
lui si petit
dont les yeux éclairaient seulement l’obscurité de la case
et le cœur de sa mère.

Il n’a jamais entendu d’homme blanc
dont les paroles auraient pu
comme celle de n’importe quel père
calmer l’inquiétude

que sa couleur inspirait.

Entre l’enfant et cet homme d’une autre couleur
ne restent que le sourire
et toutes les couleurs que sa lumière contient.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue aux Éditions Gallimard en mars 2004.

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.