Rencontre au Mali

Yvon Le Men

Se confond
avec l’ombre de la case
la couleur de l’enfant.

Ses yeux noirs
plus noirs que sa peau
éclairent l’obscurité de la case.

Il n’a jamais vu d’homme blanc
ni le moindre de ses enfants
dont il aurait pu protéger les jeux
écouter les histoires de nègres

qui faisaient peur.

Il aurait pu alors
rire de la crainte qu’elles inspiraient
lui si petit
dont les yeux éclairaient seulement l’obscurité de la case
et le cœur de sa mère.

Il n’a jamais entendu d’homme blanc
dont les paroles auraient pu
comme celle de n’importe quel père
calmer l’inquiétude

que sa couleur inspirait.

Entre l’enfant et cet homme d’une autre couleur
ne restent que le sourire
et toutes les couleurs que sa lumière contient.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue aux Éditions Gallimard en mars 2004.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.