Reprendre pied

de Raphaël Laiguillée

Reprendre pied

Il y a des airs de Norge et de Verheggen chez ce poète, il y a surtout une inventivité, une nécessité de dire, une conviction qui en imposent tout de suite au lecteur, comme par exemple dans les grands poèmes de Cendrars : c’est tonique et vivant, c’est-à-dire parfois amer et sarcastique, violent et désarmé, évident et contradictoire. C’est le sentiment et l’émotion qui sont la forme même du poème, et on ne songe pas à discuter. Ce poète use du parler courant sans le moindre souci de l’esthétiser, mais c’est si naturel qu’il en acquiert toute sa dimension poétique. Tout ce qui fait la vie, comme l’amour et la mort, passe dans ses vers avec une fougue contagieuse.

Paru le 4 mars 2021

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Une tristesse bleue et grise

Évidemment l’orgueil et la trouble passion
Les papiers arrachés, bien sûr, les volets clos
Les livres sans mémoire et presque à l’abandon
L’étui de ton violon fermé comme un sanglot
Mais penser à tes gestes carrés vers les miens
La presque cruauté, la langueur infinie
Le rire en plein désir et les larmes à la fin
M’ont fait aimer la mort et préférer la vie

Sarclo, Une tristesse bleue et grise, « Éloge d’une tristesse », Côtes du Rhône Productions, 1992.