Requiem pour Gaza

Requiem pour Gaza

Préface d’Adonis.

Ce livre est né de notre volonté commune de ne pas rester sans voix face au massacre de Gaza de mai 2018. Projet né au début de l’été 2018, il s’est concrétisé au cours du Festival Voix Vives de Sète. Nous avons sollicité un certain nombre de poètes israéliens, arabes (Tunisie, Palestine, Syrie, Lybie), et français. D’autres se sont joints à nous spontanément. L’appel a été entendu, à de rares exceptions près. Plus d’une trentaine de voix parmi les plus profondes, de la France au Moyen-Orient, d’est en ouest, font entendre leur indignation face à l’épuration ethnique à bas bruit subie par les Palestiniens aujourd’hui. Le sort réservé aux habitants de Gaza, après Plomb durci, Opération Rempart, et le massacre de mai 2018, oblige à opposer à la violence et au racisme une parole de paix, un grand OUI à la vie, un grand NON à la mort.

Sous l’égide du grand poète arabe et universel Adonis, qui préface ce recueil, les poètes s’unissent pour opposer leur poésie aux paroles et actes mortifères du gouvernement israélien actuel. Il est probable que cette initiative ne plaira pas à tout le monde, mais il est temps, en France, que nous redonnions la parole à ceux qui vont dans le sens du droit, de la justice, de la paix. Nous devons bien cela à nos camarades palestiniens. Nous ne savons pas si la poésie « sauvera le monde », comme l’écrit Jean-Pierre Siméon, mais du moins elle peut opposer son refus à la barbarie.

Vincent Calvet et Aymen Hacen

Paru le 30 novembre 2018

Éditeur : Color Gang Edition

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.