Reste d’hirondelle d’Ulrike Draesner

Reste d'hirondelle d'Ulrike Draesner

Ulrike Draesner dramatise la langue allemande. En la décalant, la distordant, la court-circuitant, la pliant et dépliant. En la battant comme on bat un fer chaud, en lui faisant vomir les entrailles, saigner les plaies, lui mettant le couteau sous la gorge, lui appliquant le scalpel sur la peau. Mais aussi en la caressant, dans et contre le sens du poil. Parfois pointe le dialectal, le bavarois, qui procure le mot que l’allemand ne possède pas. Explosent donc les mots qui se recollent en morceaux inédits, permettant à la poète de tisser à sa manière l’imaginaire qui est le sien, avec souvent des mots forgés ad hoc, réutilisables nulle part ailleurs. Et il y a en même temps cet entrelacs : les mots de la science, de la médecine, par exemple, de la biotechnologie aussi, sont décortiqués avant d’être mis au contact avec ceux du corps ou de l’être en général. L’être au monde retrouve ainsi son unité que la perception du quotidien a tendance à lui dérober. S’y ajoute le détour par l’enfance, avec le babil qui, parce qu’il est le royaume des lettres manquantes, nous réapprend à lire les mots comme si nous les percevions pour la première fois. Reste d’hirondelle est un parcours poétique. Une première en France pour cette voix allemande des plus originales.

Paru le 1er février 2015

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.