Restes du jour de Lucio Mariani

Restes du jour de Lucio Mariani

Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para, collection "D’une voix l’autre"

"Se non si può tentare più avventura
né fabbricare a mano altri ricordi
forse l’unica, vera impresa umana
consisterà nell’ignorare il tempo
senza rispetto
e voltate le spalle, resistere nel sogno.

Si l’on ne peut plus risquer d’aventure
ni fabriquer à la main de nouveaux souvenirs
le seul et véritable exploit humain
consistera peut-être à ignorer le temps
sans respect
et le dos tourné, à résister dans le songe."

Lucio MARIANI
Vit à Rome, où il est né en 1936. La critique a salué sa poésie à la fois sobre et raffinée, limpide et allusive, directe et néanmoins oblique. Des anthologies et des recueils de ses poèmes ont été traduits en anglais, en espagnol et en français (Connaissance du temps, Gallimard, 2005). Il a traduit en italien les Carmina Priapea et des œuvres de Tristan Corbière, César Vallejo, Yves Bonnefoy et Rosanna Warren. Il a reçu le Prix Cardarelli et le Prix Montale.

Jean-Baptiste PARA
Poète et critique d’art, rédacteur en chef de la revue littéraire Europe. Il a reçu le prix Apollinaire pour son recueil La Faim des ombres (Obsidiane, 2006). Également traducteur de poètes italiens et russes, il est lauréat du Prix Laure Bataillon et du Prix Nelly Sachs.

Paru le 1er septembre 2012

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.