Revue Europe

97e année — n° 1087-1088 – novembre/décembre 2019

Revue Europe

JOSEPH ROTH

Né en 1894 à Brody, petite ville de Galicie alors proche de la frontière russe, Joseph Roth vécut la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire austro-hongrois comme une expérience dévastatrice. Il fit ses débuts comme journaliste à Vienne et à Berlin et s’imposa par son talent d’observateur lucide et précis. Dans son œuvre de romancier, dont La Marche de Radetzky (1932) et La Crypte des capucins (1938) constituent deux sommets, il porte un regard aigu sur la Mitteleuropa et ses vestiges. En 1933, lorsque Hitler accéda à la Chancellerie du Reich, le diagnostic de Roth fut immédiat : « C’est l’Enfer qui prend le pouvoir », écrivit-il à Stefan Zweig. Ses livres furent brûlés et l’écrivain prit le chemin de l’exil. Réfugié à Paris où il trouva abri dans les hôtels et les cafés, il mourut à l’hôpital Necker le 27 mai 1939. Il n’avait que 45 ans mais était déjà physiquement et moralement détruit par la tristesse et par l’alcool. Le grand art du récit dont il fit preuve, la finesse et la clairvoyance de son regard, l’empathie qu’il éprouvait pour les êtres, aussi humbles et modestes fussent-ils, son courage civique et son esprit de résistance qui le portèrent à s’élever contre l’antisémitisme et le nationalisme obtus, son combat de tous les instants contre le nazisme, voilà quelques-uns des traits fondamentaux qui font que Joseph Roth demeure un écrivain qu’on ne saurait aborder avec indifférence et qui parle aujourd’hui encore à notre sensibilité.

ADALBERT STIFTER

Thomas Mann n’hésitait pas à reconnaître en Adalbert Stifter (1805-1868) « l’un des narrateurs les plus étranges, les plus énigmatiques, les plus secrètement audacieux et les plus fascinants de la littérature mondiale ». Admiré par Nietzsche, Kafka, Robert Walser ou encore Michel Foucault — mais détesté par Thomas Bernhard —, Stifter ne fut pas seulement un incomparable chantre de la nature. En tissant un dense réseau de connexions entre la réalité subjectivement limitée des personnages et l’univers des possibles qui s’ouvre au-delà de leurs paroles, ses nouvelles et ses romans aspirent à la fois à se poser comme forme accomplie et à rendre compte de l’insaisissable fluidité de la vie.

JOSEPH ROTH
Stéphane Pesnel, Claudio Magris, Pierre Morhange, Johann Georg Lughofer, Karl Zieger, Aurélie Le Née, Joseph Roth, Alexis Tautou, Jacques Lajarrige, Arturo Larcati, Jacques Le Rider, Christopher Brennan, Victoria Lunzer-Talos, Verena Lenzen, Paola Paumgardhen, Laurent Cassagnau, Herta Luise Ott.

ADALBERT STIFTER
Saverio Vertone, Riccardo Morello, Erika Tunner, Jacques Le Rider, Michael Donhauser, Laurent Cassagnau.

CAHIER DE CRÉATION
Vladimir Sorokine, François Souvay, Ralph Schock, Joaquín O. Giannuzzi, Isabel Voisin.

CHRONIQUES

Paru le 1er novembre 2019

Éditeur : Europe

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.