Revue Europe

n° 1093 – Elias Canetti – mai 2020

Revue Europe

Issu d’une famille d’origine juive espagnole, Elias Canetti est né en 1905 à Roustchouk, ville de Bulgarie qui était alors un creuset de langues et de cultures. C’est à Vienne et à Zurich, où il passe l’essentiel de sa jeunesse, qu’il apprend l’allemand, cinquième langue de sa vie après le ladino, le bulgare, l’anglais et le français. C’est l’idiome décisif dans lequel le jeune écrivain choisit de bâtir son œuvre. À vingt-cinq ans, il écrit Auto-da-fé, son unique roman qui passe quasiment inaperçu lors de sa publication en 1935 et sera considéré plus tard comme un chef-d’œuvre de la littérature du 20e siècle.

En 1938, fuyant le nazisme, Canetti prit le chemin de l’exil et s’installa à Londres. Pendant plus de vingt ans, il se consacra à la composition de Masse et puissance. Cette œuvre inclassable, mélange titanesque d’anthropologie, de psychologie sociale, de philosophie et de sociologie, est à la fois une réflexion sur le pouvoir et son lien avec la mort et sur la capacité humaine de faire communauté.

La célébrité internationale de Canetti arriva sur le tard, avec la publication des volumes de son autobiographie. Le prix Nobel de littérature lui fut décerné en 1981.

En proposant des approches diversifiées de cette grande figure de la culture européenne, ce numéro d’Europe permet aussi d’éclairer les rapports de Canetti avec d’autres « phares » de la pensée et de la création contemporaines, de Franz Kafka à Robert Musil, de Nietzsche à Freud, de Walter Benjamin à Theodor W. Adorno.

Elias Canetti :

Franz Haas, Roberto Calasso, Claudio Magris, Dominique Eddé, Irene Boose, Christophe David, Frédéric Menager, Dorian Astor, Florence Vatan, Olivier Agard, Claire Pagès, Stephanie Baumann, Gerald Stieg, Martine Leibovici, Nicolas Poirier, Christine Meyer.

Cahier de création :

Eeva-Liisa Manner, Paavo Haavikko, Tomi Kontio, Mirkka Rekola, Sirkka Turkka, Kirsti Simonsuuri, Lassi Numi, Helvi Juvonen, Helena Sinervo, Marja-Liisa Vartio, Arto Melleri, Teresa Soto, Gerhard Spiller, Michel Dvorak, Giovanni Angelini.

Paru le 1er mai 2020

Éditeur : Europe

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Une tristesse bleue et grise

Évidemment l’orgueil et la trouble passion
Les papiers arrachés, bien sûr, les volets clos
Les livres sans mémoire et presque à l’abandon
L’étui de ton violon fermé comme un sanglot
Mais penser à tes gestes carrés vers les miens
La presque cruauté, la langueur infinie
Le rire en plein désir et les larmes à la fin
M’ont fait aimer la mort et préférer la vie

Sarclo, Une tristesse bleue et grise, « Éloge d’une tristesse », Côtes du Rhône Productions, 1992.