Richard Brautigan

Richard Brautigan naît le 30 janvier 1935 à Tacoma dans l’État de Washington, aux États-Unis.

À sa naissance, les parents de Richard, Lulu Mary Kehoe (Mary Lou) et Bernard F.Brautigan, sont séparés depuis un an, après sept années de mariage. Dans ses mémoires intitulées You Can’t Catch Death, Ianthe Elizabeth Brautigan, fille de Richard, rapporte ce témoignage de Mary Lou : « Je l’ai quitté [Bernard] avec tout ce que je possédais dans un sac en papier. Je ne savais pas que j’étais enceinte. » Si Bernard apparaît bien sur l’acte de naissance comme étant le père de Richard, il est pourtant bien difficile d’affirmer qu’il est le père. Bernard affirme en effet n’avoir jamais été au courant de l’existence de son fils. Lorsqu’il est enrôlé dans l’armée américaine en mai 1942, son statut marital indique qu’il est « divorcé, sans enfant ». Pourtant, Richard raconte avoir rencontré son père à deux reprises durant son enfance.

Seul avec sa mère, Richard connaît des premières années difficiles marquées par la pauvreté, les multiples déménagements, les abandons ainsi que les mauvais traitements portés par ses multiples beaux-pères. En 1938, Mary Lou tombe enceinte de son compagnon Arthur M.Titland, camionneur. La demi-sœur de Richard, Barbara Jo Titland, naît le 1er mai 1939. Dès 1943, alors qu’Arthur Titland part faire son service militaire dans la marine, Mary Lou décide d’épouser Robert Geoffrey « Tex » Porterfield avec qui elle déménage à Eugene dans l’Oregon, où Robert travaille comme cuisinier.

Le 1er avril 1945, alors que Richard est âgé de dix ans, naît Sandra Jean Porterfield. La vie du couple et de la famille est houleuse, faite de violences domestiques. Cette vie au cœur de la précarité impacte Richard dès l’enfance. À l’école, il est perçu comme un marginal. Il exerce également divers travaux tels que le recyclage de bouteilles consignées, la vente de vers de terre ou encore la tonte de pelouse, afin de gagner quelques sous. Il est aussi amené à pêcher et à chasser. À cette époque, Richard porte le nom de de son beau-père « Porterfield ». Ce n’est qu’en 1952 qu’il connaîtra son véritable nom, juste avant son diplôme de fin d’études secondaires. Son roman Mémoires sauvés du vent paru en 1983 relate grandement cette période.

En juin 1950, un mois avant son divorce avec Robert, Mary Lou épouse William Folston.

Richard est à cette époque élève à la Woodrow Wilson Junior High School puis à Eugene High School. En 1952, après avoir été familiarisé à la poésie d’Emily Dickinson et de William Carlos Williams par son enseignante Juliet Gibson, il publie son premier poème intitulé « The Light » dans le journal de son lycée. Discret et solitaire, il ne fréquente que très peu de monde. Il n’a en réalité qu’un seul véritable ami nommé Peter Webster. Celui dit dira : « Déjà à l’époque, c’était un grand poète et j’aimais le son de sa voix ». La famille de Webster est un refuge très important pour Richard, fuyant alors la violence de sa demeure.

Après avoir obtenu, le 9 juin 1953, son diplôme de fin d’études secondaires, Richard est déterminé à rejoindre les écrivains de la Beat Generation, rassemblés pour la plupart à San Francisco. Avant de partir, et dans le but de gagner un peu d’argent, il travaille épisodiquement pour une usine conditionnant des haricots verts, l’Eugene Fruit Growers Association. Il passe son temps libre à écrire et plusieurs de ses poèmes sont publiés. En novembre 1955, débutant une vie d’errance, il laisse ses effets personnels ainsi que bon nombre d’écrits à Edna Webster. Ceux-ci constitueront le recueil The Edna Webster Collection of Undiscovered Writings paru en 1999 (Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus en 2003).

Le 14 décembre 1955, Richard est arrêté et jugé pour désordre public pour avoir brisé la vitre d’un poste de police d’Eugene à l’aide d’une pierre. Il est condamné à 10 jours de prison et à une amende de 25 dollars. Les raisons de ce geste sont encore à ce jour imprécises. Après quelques jours de prison, il est finalement transféré à l’Oregon State Hospital et diagnostiqué schizophrène paranoïaque. Il subit jusqu’à douze séries d’électrochocs. Conscient que la situation lui échappe, il décide de mettre tout en œuvre pour devenir le patient modèle et sortir ainsi le plus rapidement possible. Il correspond avec les Webster pour les rassurer mais aussi avec D. Vincent Smith en vue de faire publier son roman The God of the Martians. Il écrit quotidiennement, pour vérifier les incidences du traitement sur sa personne. Il est finalement relâché le 19 février 1956, son séjour aura duré trois mois. La famille Brautigan est alors sans nouvelle de lui.

C’est en automne 1956 que Richard part pour San Francisco. Il y mène une vie d’errance aux côtés de membres de la Beat Generation tels que Joanne Kyger, Philip Whalen, Robert Duncan, Bob Kaufman ou Gary Snyder. Richard fréquente ainsi « The Place » sur Grant Avenue.

Le 8 juin 1957, il épouse Virginia Dionne Adler avec qui il décide de vivre à North Beach. Virginia est seule à subvenir aux besoins du foyer, permettant ainsi à Richard de pleinement se consacrer à l’écriture. Dès l’automne, quatre poèmes de Richard sont publiés, aux côtés de ceux de Martin Hoberman, Carl Larsen, and James M. Singer, dans une anthologie intitulée Four New Poets. C’est alors la première fois que des écrits de Richard apparaissent dans un livre.

C’est en 1958 que Richard commence à véritablement se faire connaître auprès des écrivains Beat. En mai, il publie The Return of the Rivers chez Inferno Press, puis quelques mois plus tard The Galilee Hitch-Hiker chez White Rabbit Press. En 1959, il fait paraître son premier recueil Lay the Marble Tea, qui sera suivi de The Octopus Frontier dès 1960.

Sa fille Ianthe Elizabeth naît le 25 mars 1960. C’est au cours de l’été 1961, alors qu’il passe des vacances dans l’Idaho, que Richard débute l’écriture de son plus gros succès La Pêche à la truite en Amérique. Il se sépare de sa femme à la Noël 1962. Le manque de revenus, et l’échec commercial de son premier roman Un général sudiste de Big Sur paru en 1964, l’entraînent dans une nouvelle vie d’errance. Il participe notamment à de nombreuses lectures publiques et à des rencontres artistiques qui rythment alors la vie de San Francisco. Richard apparaît, portant un chapeau blanc, sur la célèbre photographie de Larry Keenan « The Last Gathering of Beat Poets & Artists », qui tente alors de regrouper les artistes Beat de 1965 à San Francisco.

Alors que le mouvement Hippie prend de l’ampleur à San Francisco, Richard se rapproche quant à lui des Diggers, groupe d’anarchistes militants du quartier de Haight-Ashbury dont il partage l’idéalisme hippie et les causes. C’est à cette période qu’il déménage à Geary Street, devenant ainsi le voisin d’Erik Weber.

C’est en 1967 que Richard publie chez Four Seasons Foundation son roman La Pêche à la truite en Amérique. C’est un succès immédiat sur toute la côte Ouest. Richard est alors invité à divers colloques et lectures. Débute ainsi une longue série de publications de romans, nouvelles et recueils de poésie. Harvest Records, annexe de Capital Records, enregistre plusieurs lectures de Richard, de ses poèmes et écrits. Au début des années 1970, Richard est alors au sommet du succès. Il vit à Bolinas, dans une maison dite hantée par le fantôme d’une servante chinoise qui se serait suicidée et qui aurait été enterrée sur la propriété. Sur la côte, la ville de Bolinas accueille à cette période une communauté d’artistes, d’écrivains et d’éditeurs tels que Donald Allen, Bill Berkson, Ted Berrigan, Jim Carroll, Robert Creeley, Lawrence Ferlinghetti, Bobbie Louise Hawkins, Joanne Kyger, Thomas McGuane, David Meltzer, Daniel Moore, Alice Notley, Nancy Peters, Aram Saroyan et Philip Whalen.

L’année 1974 voit paraître Le Monstre des Hawkline ainsi que les premières traductions françaises de La Pêche à la truite en Amérique et de Sucre de pastèque aux éditions Bourgois.

Richard décide également d’acheter un ranch de 42 acres à Pine Creek, dans le Montana, où il aménage une salle d’écriture avec vue sur les montagnes d’Absaroka. Il y côtoie alors le « Montana gang » et devient notamment le voisin de William J. Hjortsberg, son futur biographe, Jim Harrison, Peter Fonda et sa femme Becky, Jeff Bridges, Warren Oates ainsi que le cinéaste Sam Peckinpah.

En janvier 1976, Richard part visiter le Japon. Il y reste sept mois et y rencontre Akiko Nishizawa Yoshimura qui deviendra sa femme. C’est à ce moment que naît sa passion pour le Japon et la littérature japonaise. Il publie son recueil Journal japonais en 1978.

Richard et Akiko se séparent finalement en décembre 1979. Le divorce aura lieu l’année suivante. Dans le même temps, son œuvre est de plus en plus ignorée, principalement aux États-Unis. Malgré les efforts qu’il fait en matière de marketing, son roman Mémoires sauvés du vent n’est vendu qu’à 15 000 exemplaires. Son dernier roman An Unfortunate Woman ne connaitra quant à lui qu’une publication posthume.

Le 25 octobre 1984, Richard est retrouvé mort dans sa maison de Bolinas. À côté de lui, un revolver Smith & Wesson de calibre 44 avec une unique douille dans le barillet. L’état de décomposition du corps laisse à penser que l’auteur est mort depuis plusieurs semaines. La question de la préméditation du geste se pose encore aujourd’hui. Incinéré, le corps de Richard repose désormais en cendres dans une urne chez sa fille Ianthe, devenue écrivaine.

Bibliographie

  • Romans. Volume 3, avec Le monstre des Hawkline, Willard et ses trophées de bowling, et Tokyo-Montana express, Traduction de Michel Doury, Lorraine de La Valdène et Robert Pépin, Christian Bourgois éditeur, 2019.
  • Un privé à Babylone, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • La Vengeance de la pelouse, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Un général sudiste en Amérique, Traduction de Marc Chénetier, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Willard et ses trophées de bowling, Traduction de Robert Pépin, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Cahier d’un retour de Troie, Traduction de Marc Chénetier, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Tokyo-Montana Express, Traduction de Robert Pépin, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Mémoires sauvés du vent, Traduction de Marc Chénetier, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Retombées de sombrero, Traduction de Robert Pépin, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • La pêche à la truite en Amérique suivi de Sucre de pastèque, Traduction de Marc Chénetier, Christian Bourgois éditeur, 2018.
  • Il pleut en amour suivi de Journal japonais, Éditions Points, 2017.
  • L’avortement : une histoire romanesque en 1966, Éditions Points, 2017.
  • Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus, Traduction de Thierry Beauchamp, Romain Rabier, Note de Burton Weiss, Préface de Keith Abbott, Éditions Points, 2017.
  • C’est tout ce que j’ai à déclarer : oeuvre poétique complète, Préface de Mathias Malzieu, Castor Astral, 2016
  • Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus, Traduction de Thierry Beauchamp et Romain Rabier, Castor Astral, 2016.
  • La Pêche à la truite en Amérique et Un général sudiste en Amérique, Traduction de Thomas B. Reverdy et Marc Chénetier, Christian Bourgois éditeur, 2014.