Rienne de Rodica Draghinescescu

Rienne de Rodica Draghinescescu

Le travail de Rodica Draghincescu présenté ici suit un travail plastique, comme le précise l’avant propos de l’auteur. L’écriture mime l’émiettement de l’installation de la plasticienne roumaine Suzana Fântânariu, dont le travail est internationalement reconnu. La rencontre des deux artistes, la plasticienne et la poète est sous le signe d’un lien profond à la fois personnel et historique. Toutes deux explorent une mémoire éclatée et douloureuse. Le terme de « tissu-texte » employé par Rodica Draghincescu dans son avant propos décrit bien ce travail où texte et installation constitue se donnent à lire de manière continue. Ce texte, qui prendra place dans le hors format de la collection destiné à recevoir des travaux croisés de poètes et plasticiens, correspond à la visée de ce dernier, qui est de mettre en avant ce dialogue privilégié.

Paru le 1er décembre 2015

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.