Rivages oubliés

de Gebran Saad

Rivages oubliés

Chrétien d’Orient en Syrie, Gebran Saad est devenu un étranger dans son propre pays en raison de la guerre et en raison de sa religion. Il a dû alors s’exiler, comme beaucoup de ses compatriotes (« Le Poème de Syrie » ou encore « Pilules et talisman dans la poche de l’immigré »). L’exil, dans sa poésie toute en délicatesse et élégance, devient voyage, rencontre, car, comme le dit la grande poétesse libano-syrienne Etel Adnan dans la préface de ce recueil « le malheur ne peut se vivre que comme un voyage, un espace ouvert, une découverte, même s’il ne s’agira en fin de compte que d’un voyage dans ce malheur même. »
D’autres textes comme « Le poème de la petite fille syrienne » évoquent à travers la mort d’une petite fille le destin tragique du peuple dans son pays en guerre.

Paru le 24 mai 2019

Éditeur : LansKine

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.