Rivière je vous prie

Serge Sautreau

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997

Poème
de l’instant

Ossip Mandelstam

Nouveaux Poèmes 1930-1934

J’aime à voir ourdir la trame quand
après deux, trois… parfois quatre
suffocantes vagues d’apnée
vient le soupir libérateur.

Et comme il est grave et bienfaisant,
lorsqu’enfin advient l’instant
où, à travers mon balbutiement,
l’arc soudain vibre, et se détend.

Ossip Mandelstam, Nouveaux Poèmes 1930-1934, Traduit du russe par Christiane Pighetti, Éditions Allia, 2018.