Roman d’Arthur Rimbaud

Aimé Césaire

Roman

I
On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
Un beau soir, - foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! -
On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin.
L’air est parfois si doux qu’on ferme la paupière.
Le vent chargé de bruits - la ville n’est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière.
(…)

II
Nuit de juin ! Dix-sept ans !… On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête.
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite, là, comme une petite bête.
(…)

IV
Vous êtes amoureux, loué jusqu’au mois d’août !
Vous êtes amoureux : vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l’adorée, un soir a daigné vous écrire.

Ce soir-là, vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.