Rumeurs de la fabrique du monde

Auteur : Christian Doumet

Dédaignant – mais avec un brin de regret – l’ouverture éblouissante (telle celle des Confessions), Christian Doumet entame son œuvre, par une petite réflexion sur l’origine et l’usage du mot pull-over mais c’est à propos de celui de J. Roubaud ce qui donne aussitôt sa tonalité au texte : nous serons en bonne compagnie… l’auteur va alterner des considérations aiguës et caustiques sur la marche du monde, des rencontres avec des amis écrivains (J.P. Richard, Frénaud), des écrivains admirés ou détestés, des inconnus au cours de voyages lointains ou de séjours campagnards, des écoutes ou exercices de musiques.
Les sentences ou observations d’un professeur Yé semblent ponctuer d’une sagesse narquoise et quasi taoïste les élans ou les indignations du narrateur.
Tous ces fragments, par l’humour, la colère, le regard aigu, le retour sur soi sans excessive complaisance tentent l’exactitude, célèbrent les beaux instants sans jamais les diluer dans un lyrisme consolant, mais surtout concourent tous à une recherche obstinée de la "vraie vie". Brisant les rythmes des fragments l’auteur introduit quatre longs développements plus caustiques notamment sur le monde de l’édition et de la librairie tout en restant un "homme d’esprit".

Paru le 1er avril 2004

Éditeur : José Corti

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.