Sainte horreur du poème

Auteurs : Zéno Bianu, Dominique Sampiero

Sainte horreur du poème

"Écoutez cette écriture naufragée. Mais doucement naufragée. Sainte horreur du poème pour faire dire au poème tout ce qu’il ne peut dire. Pour le hérisser en scintillements d’impossible. Sainte horreur, sans doute, de tout poème qui ne serait pas ce lâcher-prise où la langue se délivre d’elle-même. Écoutez. Pas de round d’observation. Les mots poussent de toutes parts, entre étoiles et poussière. Le poème ? Pur désir de vertige, au plus amoureux de la langue. La parole ? Une vraie chair d’esprit, en prise sur toutes les brèches. Le monde ? Une chambre des souffles. Oui, écoutez cette langue ouverte, cette langue qui veut s’ouvrir entièrement. S’ouvrir à nos âmes fripées, à nos sexes déchirés, à nos voix blessées."
Zéno Bianu

Collection Terre de poésie.

Paru le 1er octobre 2003

Éditeur : Lettres Vives

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Leconte de Lisle

Midi

Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le Néant divin.

Leconte de Lisle, 1818-1894, « Midi », Poésies antiques, 1852.