Sainte horreur du poème

Auteurs : Zéno Bianu Dominique Sampiero

Sainte horreur du poème

"Écoutez cette écriture naufragée. Mais doucement naufragée. Sainte horreur du poème pour faire dire au poème tout ce qu’il ne peut dire. Pour le hérisser en scintillements d’impossible. Sainte horreur, sans doute, de tout poème qui ne serait pas ce lâcher-prise où la langue se délivre d’elle-même. Écoutez. Pas de round d’observation. Les mots poussent de toutes parts, entre étoiles et poussière. Le poème ? Pur désir de vertige, au plus amoureux de la langue. La parole ? Une vraie chair d’esprit, en prise sur toutes les brèches. Le monde ? Une chambre des souffles. Oui, écoutez cette langue ouverte, cette langue qui veut s’ouvrir entièrement. S’ouvrir à nos âmes fripées, à nos sexes déchirés, à nos voix blessées."
Zéno Bianu

Collection Terre de poésie.

Paru le 1er octobre 2003

Éditeur : Lettres Vives

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.