Sans trop forcer

André Velter

Ce monde-ci tel qu’il va n’est pas le mien.
Mais la merveille de ce qui est
veille et s’éveille partout
sans trop forcer le destin ni la note.

Aux mains des teinturiers d’Alep
la soie trouve encore sa lumière
entre les plis de l’arc-en-ciel…

Par les rues des villes mortes
les bergers poussent les bêtes
jusqu’aux batistères des évêques
et les tombeaux des dignitaires
servent de poulaillers…

À Palmyre le soir a ce goût de miel
qui courtise à jamais l’ombre de Zénobie…

Sous les oliviers d’Al-Mallaja
les poètes sont toujours frères de Linos et d’Orphée
parlant de source et d’or…

Ici les seuls dieux tolérables
sont les dieux sans lendemain…

Alors ce monde qui me garde la tête épique
et le coeur sur la main,
ce monde-là soudain est peut-être le mien.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.