Scellée

Esther Ramón

Scellée

Scellée, premier livre traduit en français de la poétesse espagnole Esther Ramón, s’ouvre sur le constat d’une perte. « Toute perte est lie à quelque chose qui nous précède, que nous ne pouvons nommer ou récupérer » écrit Esther Ramón dès l’ouverture. Dans Scéllée, il va être question de trouver quels mots, quelles constructions nouvelles de mots, peuvent guérir de cette perte.

Extrait :

J’ai rêvé qu’un sixième

doigt poussait

à ma main droite.

D’abord, tout replié,

on ne voyait que l’ongle.

Puis il s’est déroulé,

il a hissé son mât

à côté des autres.

Au réveil,

je le sentais encore.

Le doigt, l’étreinte.

Qui dit le réel.


Soñé que me crecía

un sexto dedo

en la mano derecha.

Primero, muy plegado,

solo la uña se notaba.

Luego se despegó

y alzó su mástil

junto a los otros.

Al despertar

lo sentí aún.

El dedo, el abrazo.

Quién dice lo real.

Paru le 1er octobre 2022

Éditeur : Cheyne

Poème
de l’instant

Politique de l’amour

L’amour est blanc parce qu’il est la somme de toutes les couleurs, parce qu’il est la gomme qui m’efface, m’épelle et fait valser l’alphabet de mon identité, parce qu’il est le trou au travers de mon corps, le cerceau par où le jour entre et sort, bondit et se propage en rugissant dans ma chair nue.

Alina Reyes, Politique de l’amour, Éditions Zulma, 2002.