Septième rive

Auteur : Dominique Maurizi

Septième rive

"Ah j’ai aimé ! – superbes nos collines,

le chêne, les bois où mon frère

la nuit sortait comme voix affamée,

et toi, mon cœur, avec la voix, avec

les bras pour élancer encore un

jour, un autre encore sur nos collines !

Ah j’ai aimé !, l’orée, la braise, l’aiguille.

Et tout ça je te le dois, avec ma langue libre,

là – au-dessus de nous.

Ah j’ai aimé ! Et toi, mon cœur, avec les bras,

avec la voix –.

J’honorerai le cri, la main, le souffle."

Paru le 1er mars 2017

Éditeur : La tête à l’envers

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.