Singularités

de Carino Bucciarelli

Singularités

Identités instables, rendez-vous équivoques, vertiges de l’existence ordinaire, personnages interlopes frôlés dans le coton d’un mauvais rêve, fantômes obsédants des ancêtres, gouffres de l’expérience humaine : les poèmes de Carino Bucciarelli respirent une inquiétante étrangeté non dénuée d’humour.
Le présent recueil réunit, sous le titre « Quelques visages », un choix de poèmes écrits entre 1985 et 1992. S’y ajoutent deux ensembles plus récents, « Dix étincelles » et « Couleurs inouïes ».

Maintenant plus rien n’existe
il n’y a pas de temps
dans nos doublures de veste
pour tinter avec quelques piécettes
les montagnes se sont fendues comme des œufs
et le monde s’est essoufflé

avec quels yeux étroits
ils ont regardé
les hommes et leurs femmes
avant d’éteindre
pour que tout soit de nouveau
aussi combien de tête-à-tête
autour des tables
dans les familles
à rire innocemment
pour faire croire que personne ne sait
alors que tous attendent

Paru le 26 mars 2020

Éditeur : L’herbe qui tremble

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

L’Impossible

La poésie révèle un pouvoir de l’inconnu. Mais l’inconnu n’est qu’un vide insignifiant, s’il n’est pas l’objet d’un désir. La poésie est moyen terme, elle dérobe le connu dans l’inconnu : elle est l’inconnu paré des couleurs aveuglantes et de l’apparence d’un soleil.

Ébloui de mille figures où se composent l’ennui, l’impatience et l’amour. Maintenant mon désir n’a qu’un objet : l’au-delà de ces mille figures de la nuit.

Georges Bataille, L’Impossible, Éditions de Minuit, 1962.