Singularités

Je ne vous laisserai rien

les meubles je les emporterai
les livres les plantes vertes les bibelots
je les emporterai
la poussière les poignées des portes
les tableaux les clous qui soutenaient les tableaux
le courrier non ouvert
tout cela je l’emporterai

à mon départ les poches gonflées des mille riens de
mon existence
accueilleront encore les âmes perdues
que j’avais abritées dans mon appartement

Carino Bucciarelli, Singularités, L’herbe qui tremble, 2020.

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997