Sonnet

Jean Joubert

Marie, autre Marie, Ronsard t’aurait aimée
Dans sa verte jeunesse ou dans son âge mûr
Si le temps n’avait pas élevé ce haut mur
Et des siècles cruels l’infranchissable épée.

Pourtant dans nos jardins fleurit toujours la rose
Dont toujours la beauté nous émeut et nous plaît
Et le temps est le temps qui nous traque et défait
Dans les combats perdus d’une éternelle cause.

L’amour reste l’amour, fascinant et profond,
Et les mots sont les mots de la même chanson
Si les filles n’ont plus d’excessives rigueurs.

Dans ce siècle mourant, puisse la poésie
En entendant sonner le beau nom de Marie
Suivre fidèlement les hauts chemins du cœur.

Poème
de l’instant

Juneau

Si j’avais été là
À regarder le glacier
Et à me demander pourquoi il recule
Au lieu d’avancer,
Je serais sûrement allé
Au petit café sur le quai
J’aurais déjeuné de flétan frais.
Je me serais trouvé
Là où je devais être,
Dans ma tête, à pencher en eau profonde.

N. Scott Momaday, « Juneau », apulée, Éditions Zulma, 2021.