Sonnet

Jean Joubert

Marie, autre Marie, Ronsard t’aurait aimée
Dans sa verte jeunesse ou dans son âge mûr
Si le temps n’avait pas élevé ce haut mur
Et des siècles cruels l’infranchissable épée.

Pourtant dans nos jardins fleurit toujours la rose
Dont toujours la beauté nous émeut et nous plaît
Et le temps est le temps qui nous traque et défait
Dans les combats perdus d’une éternelle cause.

L’amour reste l’amour, fascinant et profond,
Et les mots sont les mots de la même chanson
Si les filles n’ont plus d’excessives rigueurs.

Dans ce siècle mourant, puisse la poésie
En entendant sonner le beau nom de Marie
Suivre fidèlement les hauts chemins du cœur.

Poème
de l’instant

Chants des saisons

Les poissons des rivières et des lacs,
N’envions pas leurs jeux
Après le retour du pêcheur
C’est le héron qui les guette
Toute la sainte journée, ils plongent et émergent
Ils n’ont point d’heures oisives

Li Jōng-bo, Chants des saisons, Anthologie bilingue de la poésie coréenne par Maurice Coyaud, Les Belles Lettres, 2009.