Sonnets

Denis Montebello

On serait à Bellac le désert ne croîtrait
pas plus ni les palmiers nombreux dans la Grand-rue
ils font un beau mirage à quoi nul ne vient boire
ou seulement de l’ombre tu peux regarder

s’essouffler le Mignon vers de lointaines grèves
tu n’atteindras jamais Tombouctou ni Jenné
ni ne sauras ton rôle quelle pièce y coudre
pour qu’un peu de nuit passe dans tes mots un peu

de l’autre dans les herbes rampantes les phrases
que la fièvre produit qu’elle pousse jusqu’à
ce parapluie ouvert où viennent les voyages

mourir et puis renaître car à la lumière
on n’est pas condamné car l’aube peut attendre
comme aussi bien tu fais au café d’Apollon

Au café d’Apollon c’est l’ombre que tu cherches
dans la phrase qui court à midi à Enghien
comme à Mauzé le temps quand passaient les voitures
dans la Grand-rue des films au Mignon Ciné l’ombre

dans la phrase qui rampe qui grimpe à l’assaut
des tourettes où sont les muses qu’on cultive
l’ombre l’ivresse mieux que dans ton galopin
(comme on appelle ici la moitié d’un demi)

quand tu rencontres l’autre qui chasse ou qui pêche
(qui sait ce qu’il prendra au grand miroir d’en face
quel visage quelle âme) et qu’il te parle comme

il arrive qu’on trinque pour briser la glace
les mots sur le comptoir à chacun sa tournée
à cela que tu es c’est-à-dire à soi-même

Poème
de l’instant

Sang de nos racines

Laisser tomber les voiles et les brumes sur l’humus des nuits
que la neige prenne racine, pour que germe des paroles de printemps.

Francis Gonnet, Extrait de « Sang de nos racines », Revue Poésie / première, 2021.