Sous le genévrier

de Nadja Kuchenmeister

Sous le genévrier

Édition bilingue
Traduit de l’allemand et préfacé par Natacha « Ruedin-Royon »

  • Extrait :

die blumen des bösen

nur ein schneerest, der noch leuchtet.
die reihe laternen kann nicht erhellen
was unter den füßen an boden verschwimmt.

wir sind erschöpft und kaum zu sehen
und hängen einander am arm, stumm verzagt.
es führen wohl wege von hier in die irre.

wir hören davon. wir fragen nicht nach. so
schmilzt auch die wolke im nächtlichen himmel
und was wir uns sagen, da blüht schon der tag.

les fleurs du mal

un lambeau de neige qui scintille encore, seul.
la file de réverbères ne parvient pas à éclairer
ce coin de terre au pourtour flou sous les semelles.

nous sommes épuisés et presque transparents
appuyés chacun au bras de l’autre, abattus et sans voix.
il y a sûrement partant d’ici des chemins d’errance.

nous en entendons parler. ne demandons rien. et
dans ce ciel de nuit le nuage se fond lui aussi tout comme
les mots dits l’un à l’autre, déjà le jour déploie sa corolle.

Paru le 6 novembre 2018

Éditeur : Cheyne

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.