Sous le genévrier

de Nadja Kuchenmeister

Sous le genévrier

Édition bilingue
Traduit de l’allemand et préfacé par Natacha « Ruedin-Royon »

  • Extrait :

die blumen des bösen

nur ein schneerest, der noch leuchtet.
die reihe laternen kann nicht erhellen
was unter den füßen an boden verschwimmt.

wir sind erschöpft und kaum zu sehen
und hängen einander am arm, stumm verzagt.
es führen wohl wege von hier in die irre.

wir hören davon. wir fragen nicht nach. so
schmilzt auch die wolke im nächtlichen himmel
und was wir uns sagen, da blüht schon der tag.

les fleurs du mal

un lambeau de neige qui scintille encore, seul.
la file de réverbères ne parvient pas à éclairer
ce coin de terre au pourtour flou sous les semelles.

nous sommes épuisés et presque transparents
appuyés chacun au bras de l’autre, abattus et sans voix.
il y a sûrement partant d’ici des chemins d’errance.

nous en entendons parler. ne demandons rien. et
dans ce ciel de nuit le nuage se fond lui aussi tout comme
les mots dits l’un à l’autre, déjà le jour déploie sa corolle.

Paru le 6 novembre 2018

Éditeur : Cheyne

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997