Sous le lichen du temps de Joëlle Gardes

Sous le lichen du temps de Joëlle Gardes

Photographies de Patrick Gardes

C’est une double promenade que nous propose ce recueil, à travers les jardins et à travers le souvenir. C’est sur un mode discontinu, dans une écriture dépouillée, presque minimaliste et sans pathos, comme dans une confidence à mi voix, que ces textes égrènent ce thème du temps qui recouvre tout de sa patine comme le lichen enfouit l’écorce vive sous sa mousse.

Ce sont des haltes méditatives dans ces « jardins de toute sorte », changeants au fil des saisons, et qui, dans leur exubérance comme dans leur agencement savant, incarnent la vie, sa puissance renaissante au delà d’une mort personnelle à accepter avec sérénité.

Comme dans ses précédents recueils, Joëlle Gardes creuse les sillons de la mémoire, la sienne et celle du monde, ici incarné par les jardins, dans une méditation discrètement lyrique et nostalgique en quête de réconciliation.
Les photographies abstraites de Patrick Gardes, qui accompagnent ces courts poèmes sans les illustrer, ne les redoublent pas mais sont des incitations à poursuivre la rêverie douce amère à laquelle ils nous convient.

Paru le 1er octobre 2014

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

Votre œil se fixe sur un arbre harmonieux courbé par le vent ; dans quelques secondes, ce qui ne serait dans le cerveau d’un poëte qu’une comparaison fort naturelle deviendra dans le vôtre une réalité. Vous prêtez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir ou votre mélancolie ; ses gémissements et ses oscillations deviennent les vôtres, et bientôt vous êtes l’arbre. De même, l’oiseau qui plane au fond de l’azur représente d’abord l’immortelle envie de planer au-dessus des choses humaines ; mais déjà vous êtes l’oiseau lui-même.

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, « Le Théâtre de Séraphin », 1868.