Sur le motif, Le Nouveau recueil n°75

Sur le motif, Le Nouveau recueil n°75

Jean-Michel Maulpoix Coins de table
Jean-Michel Binsse Mes rêves sont occupés
Éric Vuillard Les « gens sans yeux »
Stéphanie Ferrat L’animal régulier
Giovanni Raboni Poèmes (présentation et traduction
de l’italien par Jean-Charles Vegliante)
Rino Cortiana Du côté des feuilles (traduit de l’italien
par Frédéric Jacques Temple)
Christian Zendher Les assoupis (traduit de l’allemand –
Suisse – par Pierre Deshusses)

TRIBUNE LITTÉRAIRE

François Bon Adieux au roman

SUR LE MOTIF
(textes rassemblés par Jean-Louis Giovannoni)

Pseudo-Julien l’Apostat Éloge de la figue et du nombre cent
Monia Ma Nu
Nathalie Quintane Faire tapisserie
Romain Fustier Proses
Charles Brincard Ploc
Bernard Moreau Sacs de billes & ça, l’amour
Véronique Pittolo Il arrive que le motif me réveille en pleine nuit
François Amanecer Grèbe
Ariane Dreyfus Attendre, ici

LA REVUE

Johanna Liu Poïesis et quotidienneté, une interprétation
de la prose chinoise contemporaine

Antonio Gamoneda L’instant irrémédiable
(Entretien avec Jean-Gabriel Cosculluela)

Paru le 1er juin 2005

Éditeur : Champ Vallon

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.