Survivre à Charlie Hebdo

A Charb, à Cabu, à Tignous, à Wolinski, à Oncle Bernard…

Fasciste-est-là

Bouche arrachée

Et nous

Où sommes-nous ?

Fasciste-est-là

Le rire saigne

Et nous

Où sommes-nous ?

Fasciste-est-là

Intelligence blessée

Et nous

Où sommes-nous ?

Fasciste-est-là

Libre pensée assassinée

Et nous

Où sommes-nous ?

Fasciste-est-là

Corps mutilés

Et nous

Où sommes-nous ?

Fasciste-est-là

L’horizon barbelé

Et nous

Où sommes-nous ?

Bouche ouverte

Nous sommes là

Rire en berne

Nous sommes là

Intelligence en alerte

Nous sommes là

Pensée vivante

Nous sommes là

Corps debout

Nous sommes là

L’horizon déverrouillé

Nous sommes là

Tristes oh tristes !

Nous serons là

Paris, 07/01/15, 14h10

Marc Delouze

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.