Suture d’Odette Pagier

Suture d'Odette Pagier

Extrait

"Je viens ici.
Comme une qui a erré dans les champs, dans les jours au -delà, à la recherche d’une absence, comme une à laquelle il est donné de vivren je viens dans la petite église romane.
Elle est là, sur la place déserte, à côté de la vieille tour, entre la forge et le vieux cimétière qui lui enserre le choeur, devant des maisons inhabitées.
Je viens dans ce silence particulier abriter ma vie : je viens de vivren, je vis, je vivrai. Un vie prêtée. "

Paru le 1er janvier 2004

Éditeur : Atelier La Feugraie

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.