L’Humanité - Muriel Steinmetz

Esther Tellermann : « Une poésie d’extrême pudeur »

« Elle a choisi d’écrire avec son temps, en vers courts, et se défie du lyrisme propre au XIXe siècle. Elle a enseigné en lycée et en collège, avant de pratiquer la psychanalyse, qui a encore aiguisé son regard sur le monde. »

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Poème
de l’instant

Leconte de Lisle

Midi

Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le Néant divin.

Leconte de Lisle, 1818-1894, « Midi », Poésies antiques, 1852.