Téléologies de Frédéric Dumont

Téléologies de Frédéric Dumont

Présentation de l’auteur : téléologies est un ensemble de pièces et performances travaillant l’infralangage.
Chaque texte est écrit avec un nombre très restreint de mots. Ce qui est travaillé là se situe donc dans tout le hors-champ de la langue, ce qui linguistiquement ne s’analyse pas et qui est pourtant présent, et très fortement, dans la parole. C’est-à-dire, notamment et non exclusivement, le contexte de la phrase, le ton, la voix, le visage de celui qui la dit, le contexte physique, spatial, temporel de son émergence, et ce qui, par les yeux du locuteur, passe de ce qui est exprimé avec les mots, en somme un immense background invisible, sans qui, pourtant, rien de l’ordre du sens ne saurait exister.

Extrait :

vous allez voir, vous allez voir
demain, demain
dès demain, dès demain
vous verrez demain, demain, vous verrez
demain, ah, demain
ce sera, oui, ce sera
vous verrez, ce serra, vous verrez
demain, demain, ce sera, ah ce sera
oui, ce sera tellement, tellement oui
demain sera, ce sera
vous verrez, oui
oui, c’est demain que commence enfin
c’est demain, oui, dès demain, oui, dès demain
vous allez voir, vous allez voir
voilà, c’est pour demain, c’est juste là

Paru le 1er octobre 2007

Éditeur : Cuisines de l’Immédiat/ Editions de l’attente

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.