Tique

Auteur : Joël-Claude Meffre

Tique

« Les pierres du mur vont basculer, c’est imminent, parce que c’est entendu que ça doit s’ébouler sous mes yeux dans la cour au pied de la grosse racine du tilleul. Toute l’attente ne conduit qu’à ça. Je surveille le mur alors que tout devient silencieux. Je fixe mon regard là où le mur fait ventre. Je me dis que c’est bien le signe de l’imminence et que si je n’attendais pas, il n’y aurait pas d’urgence à ce que tout vienne chuter. Plus le silence grandit plus la chance que ça bascule augmente. Je me prends alors de frayeur dans le sans-bruit de l’attente. Mes regards sont accrochés aux pierres du mur. Je ne m’en détourne pas. J’ai l’impression que je tiens les pierres rien qu’en les fixant avec mes yeux. Il me semble qu’il n’y a plus que mon regard qui les maintienne ensemble. L’attente se prolonge jusqu’à ce qu’un flot d’abeilles dans le tilleul vienne me distraire. L’imminence s’éloigne. »

Paru le 10 février 2010

Éditeur : Propos 2 éditions

Poème
de l’instant

Emmanuel Flory

Sur le ton exact du désir

À l’idée d’atteindre la fin
d’une ligne
il prétend que des vertiges
lui viennent

un baiser qui se dérobe
une robe impossible à déboutonner

Selon lui,
c’est dans la marge
que les poèmes s’écrivent le mieux

Emmanuel Flory, Sur le ton exact du désir, Éditions Rougerie, 2008.