Tombeau de Jorge Luis Borges suivi d’ Autres stèles

de Daniel Kay

 Tombeau de Jorge Luis Borges suivi d' Autres stèles

Ce recueil plein de qualités illustre bien un genre un peu particulier que l’on pourrait appeler « poésie critique » ; c’est-à-dire que l’éloge d’un autre poète (ici le plus souvent Borges) est fait par la mise en valeur de ses thèmes et de son « imagerie » personnelle dans le miroir non moins personnel que lui tend le poète-commentateur. Il y faut une connaissance de l’œuvre du poète en question, une délicatesse de touche et une modestie qui ne manquent pas à Daniel Kay. En effet, tout ce qui fait le monde de l’illustre poète de Buenos Aires : le tigre, la rose, la théologie, le bandonéon, la bibliothèque, etc. se retrouvent ici transposés dans la langue vigoureuse et inventive de l’auteur. À ce tombeau, l’auteur a cru bon d’ajouter quelques stèles plus modestes : Georges Perros, Armand Robin, Victor Segalen et une très belle série de menhirs pour l’entourer et lui rendre hommage.

Paru le 3 juin 2021

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.