Tout entier visage

Auteur : Henri Meschonnic

Tout entier visage

« pas tout entier visage / non / tout entier tous les visages / je n’arrête pas de changer / comme un instant met au monde / son autre instant / et j’ai du mal / à vivre tant d’infini » Le langue des poèmes de Meschonnic coule de source : la simplicité, le rythme même de la langue parlée, mais détournés vers une réflexion quasi obsessionnelle sur l’identité du sujet : qu’est-ce que cet espace, ce temps, ce visage, cette langue où il vit ? « Je suis l’autre » disait Gérard de Nerval, et Rimbaud « Je est un autre ». Pas de thème qui ait davantage passionné les poètes que celui-là. Jusqu’à Guillevic qui de poème en poème se fait rocher, arbre, rivière. Meschonnic, qui fut proche de Guillevic, est lui aussi poète de la métamorphose : mal assuré de ce qu’il est, le voici prêt à devenir toute chose, tout être qu’il rencontre, avec un mélange de boulimie jubilatoire et d’angoisse existentielle qui sont la note profonde de son écriture. « et chaque vie je commence / tellement je n’ai / rien appris / que mes yeux sont comme un ventre / une ville y entre comme rien / il me suffit d’un désir / et mes yeux sont des yeux monde » Thème évidemment lié aussi chez un poète aussi conscient de la judéité à, la privation totale d’identité qui fut imposée aux juifs par l’idéologie nazie.
Collection Cahiers d’Arfuyen n° 157

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.