Train Ottignies - Gembloux

William Cliff

ce port de tête cet air de noblesse
qui n’a jamais été calculé mais
qui donne néanmoins à ta jeunesse
son je ne sais quoi d’indomptable mais
sans qu’il s’y trouve rien qui soit mimé
ton torse droit ton œil vitreux bizarre
ta bouche taciturne au rire rare
ornent ton corps d’un cachet personnel
qui malgré quelque vide dans ton crâne
le rend désirable et comme éternel

je suis sorti de la gare en dressant
fièrement ma peau promise aux ravages
du temps et relevant de son penchant
naturel la pente de mon visage
j’ai frappé du pied sur le goudronnage
de la rue avec un air de grandeur
en souvenir de tes membres qui leur
si beau maintien montraient en grande aisance
et je me suis juré du fond du cœur
de garder toujours ta noble prestance

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.