Train Ottignies - Gembloux

William Cliff

ce port de tête cet air de noblesse
qui n’a jamais été calculé mais
qui donne néanmoins à ta jeunesse
son je ne sais quoi d’indomptable mais
sans qu’il s’y trouve rien qui soit mimé
ton torse droit ton œil vitreux bizarre
ta bouche taciturne au rire rare
ornent ton corps d’un cachet personnel
qui malgré quelque vide dans ton crâne
le rend désirable et comme éternel

je suis sorti de la gare en dressant
fièrement ma peau promise aux ravages
du temps et relevant de son penchant
naturel la pente de mon visage
j’ai frappé du pied sur le goudronnage
de la rue avec un air de grandeur
en souvenir de tes membres qui leur
si beau maintien montraient en grande aisance
et je me suis juré du fond du cœur
de garder toujours ta noble prestance

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.