Train Ottignies - Gembloux

William Cliff

ce port de tête cet air de noblesse
qui n’a jamais été calculé mais
qui donne néanmoins à ta jeunesse
son je ne sais quoi d’indomptable mais
sans qu’il s’y trouve rien qui soit mimé
ton torse droit ton œil vitreux bizarre
ta bouche taciturne au rire rare
ornent ton corps d’un cachet personnel
qui malgré quelque vide dans ton crâne
le rend désirable et comme éternel

je suis sorti de la gare en dressant
fièrement ma peau promise aux ravages
du temps et relevant de son penchant
naturel la pente de mon visage
j’ai frappé du pied sur le goudronnage
de la rue avec un air de grandeur
en souvenir de tes membres qui leur
si beau maintien montraient en grande aisance
et je me suis juré du fond du cœur
de garder toujours ta noble prestance

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.