Transparaître

Auteur : Séverine Daucourt

Transparaître

Les questions de l’enfermement et du mutisme traversent son oeuvre, qui traite aussi des questions du genre, des relations hommes/femmes, des effets de l’altérité, de la place donnée à la sexualité. Son travail sur la langue repousse les frontières du sens en le déjouant, bouscule les codes syntaxiques, explore l’espace linguistique en toute liberté.Dans Transparaître, l’auteure tente de circonscrire, à partir de son expérience et dans un style frontal et accessible quoique toujours poétique, ce qui fait perdurer le “drame féminin”. Sa voix, nue et franche, affirme autant qu’elle questionne, se brise autant qu’elle résiste, énonce mais n’accuse pas. Transparaître serait-il un poème ?

longtemps
je n’eus que des amis hommes
ainsi fut-il
complicité virile
ou signe de fragilité
c’est que les femmes n’ont pas été tendres avec moi
décochant par devant
par derrière
par ailleurs
les hommes aussi
l’idée derrière la tête
je me réfugiais près d’eux pour une causette et
me retrouvais parfois
(comme cosette)
sans mes haillons

Paru le 8 février 2019

Éditeur : LansKine

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage