Transparaître

Auteur : Séverine Daucourt

Transparaître

Les questions de l’enfermement et du mutisme traversent son oeuvre, qui traite aussi des questions du genre, des relations hommes/femmes, des effets de l’altérité, de la place donnée à la sexualité. Son travail sur la langue repousse les frontières du sens en le déjouant, bouscule les codes syntaxiques, explore l’espace linguistique en toute liberté.Dans Transparaître, l’auteure tente de circonscrire, à partir de son expérience et dans un style frontal et accessible quoique toujours poétique, ce qui fait perdurer le “drame féminin”. Sa voix, nue et franche, affirme autant qu’elle questionne, se brise autant qu’elle résiste, énonce mais n’accuse pas. Transparaître serait-il un poème ?

longtemps
je n’eus que des amis hommes
ainsi fut-il
complicité virile
ou signe de fragilité
c’est que les femmes n’ont pas été tendres avec moi
décochant par devant
par derrière
par ailleurs
les hommes aussi
l’idée derrière la tête
je me réfugiais près d’eux pour une causette et
me retrouvais parfois
(comme cosette)
sans mes haillons

Paru le 8 février 2019

Éditeur : LansKine

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.