Triolet cruel

Claudine Helft

Dieu seul à l’heure de ma mort
Saura si j’eus raison ou tort ;
Le jour où tu fis mon destin
Tu me crus faible mais toi, fort.

Dieu seul à l’heure de ma mort
Saura si j’eus raison ou tort
Car je m’enfuis, un clair matin
Où j’étais faible mais lui, fort.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.