Tu descends le chemin de mon sang…

Anise Koltz

Tu descends le chemin de mon sang
comme un caravanier
la route de la soie

Lorsque tu tomberas de mes hanches
mille ans auront passé

*

J’aime l’homme
au dos vaste
comme une steppe

Dans les profondeurs de sa terre
j’écoute
le bruit du troupeau de buffles
qui le traverse

Anise Koltz

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.