Tu m’aimes-tu ?

Auteur : Samantha Barendson

Tu m'aimes-tu ?

J’aime traverser la flaque. C’est comme ça que l’on appelle l’océan Atlantique en Argentine, el charco, pour essayer de réduire au maximum l’espace qui sépare Buenos Aires de Paris, pour croire qu’il suffit d’un enjambement pour se retrouver sur l’autre rive.

La flaque, je l’ai traversée il y a longtemps, en bateau, dans le ventre de ma mère. Et depuis, je remets souvent les pieds en Amérique du sud, plus rarement en Amérique du nord. L’année dernière j’ai traversé la flaque pour atterrir à Montréal et je suis tombée immédiatement en amour.

Au-delà des paysages, de la langue ou du passé communs, une partie du Canada francophone ‒ Québec et Acadie ‒ m’a offert une liberté et des espaces de création qui semblaient enfouis en moi. Je suis revenue de ce côté-ci sous l’emprise d’une étrange mélancolie, comme si une partie de moi était restée là-bas.

Les textes de ce recueil sont une tentative de rendre compte de cet état dans l’espoir d’y retourner un jour.


Ouvrage publié avec l’aide et le soutien de la bourse Gina Chenouard de création de poésie.

Paru le 10 mai 2019

Éditeur : Le chat polaire

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.