Tu m’aimes-tu ?

Auteur : Samantha Barendson

Tu m'aimes-tu ?

J’aime traverser la flaque. C’est comme ça que l’on appelle l’océan Atlantique en Argentine, el charco, pour essayer de réduire au maximum l’espace qui sépare Buenos Aires de Paris, pour croire qu’il suffit d’un enjambement pour se retrouver sur l’autre rive.

La flaque, je l’ai traversée il y a longtemps, en bateau, dans le ventre de ma mère. Et depuis, je remets souvent les pieds en Amérique du sud, plus rarement en Amérique du nord. L’année dernière j’ai traversé la flaque pour atterrir à Montréal et je suis tombée immédiatement en amour.

Au-delà des paysages, de la langue ou du passé communs, une partie du Canada francophone ‒ Québec et Acadie ‒ m’a offert une liberté et des espaces de création qui semblaient enfouis en moi. Je suis revenue de ce côté-ci sous l’emprise d’une étrange mélancolie, comme si une partie de moi était restée là-bas.

Les textes de ce recueil sont une tentative de rendre compte de cet état dans l’espoir d’y retourner un jour.


Ouvrage publié avec l’aide et le soutien de la bourse Gina Chenouard de création de poésie.

Paru le 10 mai 2019

Éditeur : Le chat polaire

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.