Ultima Stella

Auteur : Serge Airoldi

Ultima Stella

Traduction de l’italien par Serge Airoldi.

Novella Aurora Cantarutti est née le 26 août 1920 à Spilimbergo, province de Pordenone, au nord-est de l’Italie, dans la région du Frioul Vénétie Julienne. Elle a passé son enfance et son adolescence à Navarons, un petit village à une vingtaine de kilomètres plus au nord. Après des études de lettres à Udine, Milan et Rome, Novella Cantarutti est devenue professeur de littérature italienne et d’histoire à Udine où elle s’est éteinte en septembre 2009. Elle a publié ses premiers poèmes en 1946, puis en 1947 dans Quaderno romanzo, l’une des revues de Pier Paolo Pasolini. Avec ses revues, Pasolini aura accompli tout un travail de restitution littéraire pour laquelle il sollicite et élève sa langue maternelle, le frioulan. Novella a également collaboré à Patrie dal Friûl, une publication autonomiste et à la Société philologique frioulane. Elle appartient à la génération des auteurs de l’après-guerre qui se sont employés à écrire dans leur langue, tant en poésie qu’en prose. Cette langue est celle de Navarons. Du frioulan de Navarons. Novella Cantarutti s’y réfère et s’y nourrit. Ce n’est pas pour cultiver un idiolecte circonscrit, servi à l’étouffée sous cloche, réservé à une minuscule communauté dialectale. Si Novella s’y plonge toute entière, corps-et-âme, c’est bien parce qu’elle a inventé là – comme on invente des signes pariétaux sur les parois d’une caverne — le filon d’une pensée en cohérence avec le lieu. Quelque chose du chamanisme des natifs.

Dans une lointaine familiarité avec la musica callada d’un Saint-Jean-de la Croix, on pressent que chez Novella la mort et la vie dont il est souvent question, forment un même ferment, s’enlacent dans un même baiser, une même vérité, une vérité sans éclat inutile, sans drame, une vérité dans le quotidien des choses. Des branches les plus élevées jusqu’aux humus les plus profonds. Tout un équilibre naturel en somme, même si deux courants contraires s’affrontent.

La richesse poétique se trouve là, dans ce trésor de la langue intacte, hautement prosaïque, simplement noble, dignement immédiate, mais formidablement exacte.

Ce volume est trilingue : nous donnons le texte original, sa traduction par Novella Cantarutti en italien, et bien sûr sa traduction française.



« Fués moti’ »

Quant ch’al s’indrècia,
tal scblancĵ dal céil,
il trim dai pòvai,
jo j’ sei
ta l’ansemâ da li’ fuéis moti’,
friscjúra
e balinâ di lûs.

« Feuilles bruissantes »

Quand se dessine,
dans le ciel blême,
le tremblement des peupliers,
je suis
dans la respiration des feuilles bruissantes,
fraîcheur
et frisson de lumière.

Paru le 10 juin 2021

Éditeur : Editions Fario

Genres de la parution : Recueil Version bilingue

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Évariste de Parny

Poésies érotiques

Enfin, ma chère Éléonore,
Tu l’as connu ce péché si charmant
Que tu craignois, même en le désirant ;
En le goûtant, tu le craignois encore.
Eh bien, dis-moi ; qu’a-t-il donc d’effrayant ?
Que laisse-t-il après lui dans ton âme ?
Un léger trouble, un tendre souvenir,
L’étonnement de sa nouvelle flamme,
Un doux regret, et surtout un désir…
… Moments délicieux, où nos baisers de flamme,
Mollement égarés, se cherchent pour s’unir !
Où de douces fureurs s’emparant de notre âme,
Laissent un libre cours au bizarre désir !

Évariste de Parny, Poésies érotiques, 1778.