Un bruit de baiser ferme le monde

Auteur : Jean-Pierre Duprey

Un bruit de baiser ferme le monde

Une vie brève (1930-1959) a suffi à Jean-Pierre Duprey pour composer une œuvre d’une densité toujours aussi stupéfiante. Il a dix-neuf ans à peine quand André Breton lui écrit : “Vous êtes certainement un grand poète, doublé de quelqu’un d’autre qui m’intrigue. Votre éclairage est extraordinaire”.

Voici Duprey surréaliste, pris d’une frénésie d’écriture : Spectreuses et Derrière son double (1950). Peu après, il sculpte le fer et expose ses œuvres entre 1953 et 1958. En 1959, il écrit La Fin et la manière, et son dernier geste sera d’adresser son manuscrit à Breton, avant de mettre fin à ses jours. Il était, selon ses propres termes, “allergique à la planète”.

Poète des soleils noirs de l’absolu, d’un cheminement vers le rien, le vide, la nuit, il est de la famille des Rimbaud et des Artaud, mais sa voix est la sienne. Tout Duprey est déjà contenu dans ces poèmes d’extrême jeunesse, écrits pour la plupart en 1946 à l’âge de seize ans, qu’on lira avec une intense émotion.

Paru le 11 avril 2001

Éditeur : Le Cherche-Midi

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Je suis la fille du baobab brûlé

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi, Je suis la fille du baobab brûlé, « Elle a une main dans la main du désir », Mémoire d’encrier, 2015.