« Un cœur sous une soutane » - par la Compagnie Shindô

Note d’intention

« L’amour est à réinventer »

Le spectacle « Un cœur sous une soutane » est, avant tout, destiné aux collégiens et lycéens. Rimbaud est un génie, un adolescent, il se dérobe, son mystère nous dépasse. Nous souhaitions offrir ce spectacle écrit par un adolescent : Rimbaud à des adolescents.

L’adolescence est une période ou l’on est confronté aux grandes questions existentielles, à la mort, au sens de la vie, à l’amour. C’est l’âge où l’on commence à se forger une personnalité. L’adolescent a besoin de modèles, d’inspirations, et les poètes peuvent être des maîtres qui seront pour le restant d’une vie des référents, des piliers. Rimbaud a provoqué, jeté au feu ses premiers prix, il a fait ce qu’il était défendu de faire. Il écrit ses premiers poèmes de quatorze ans à seize ans puis, entre dix sept ans et vingt ans, il écrira la « Saison en Enfer ». Dès le début, sa poésie est révolte, comme elle est un amour déçu, comme elle est le désir du nouvel amour.

Avec deux acteurs se saisissant de la poésie de Rimbaud nous ferons entrer peu à peu le public dans un monde et au cœur de l’écriture, nous chercherons à communier avec le public. Les poètes sondent l’âme humaine. Il n’y a aucune séduction chez Rimbaud, aucun effort pour être compris. Il est d’une arrogance absolu. Ainsi les acteurs tenterons d’incarner ou plutôt de se laisser traverser par ce flot de poésie puisque JE est un autre et que la vraie vie est absente.

Parfois l’effort de la lecture des poètes peut être un frein à la découverte d’une pensée, d’un univers, ainsi les acteurs, délivrant de leurs corps ces mots-là, tenteront de rendre accessible Rimbaud.

Il est impossible de comprendre Rimbaud. Il ne s’agit pas de comprendre mais de se laisser envahir et de voyager avec. Nous tâcherons d’ouvrir des portes, et de faire entendre sa poésie de la façon la plus concrète et la plus vivante possible. Elle donne du sens quand parfois on ne le trouve plus. Elle guide et nous permet de nous accrocher à la beauté. Elle célèbre la vie dans toutes ses contradictions. L’adolescence, c’est aussi la solitude et les poètes sont des solitaires.

Lorsque l’on apprend des poèmes on n’est plus jamais seul puisqu’ils nous accompagnent, c’est cela que nous voulons transmettre. Le poète est un compagnon, un échappatoire, un conducteur de rêve, c’est le véhicule de nos âmes, le centre de toutes choses.


Fiche technique

Durée estimée : 45 min

PLATEAU
Ouverture minimum : 6 m
Profondeur minimum : 4 m
Hauteur sous grill minimum : 3.5 m
Sol : tapis de danse noir
Boite noire à l’allemande
Le décor est composé d’une table, d’un petit bureau, et de trois chaises

LUMIÈRE
Un quartz au sol pour le dispositif en salle de classe.
Voir plan de feu pour salles de spectacle.


Présentation Shindô

La compagnie Shindô a pour but de promouvoir le spectacle vivant sous toutes ses formes, concerts, performances, expositions, spectacles, lectures. Les membres sont issus d’écoles nationales supérieures d’art dramatique et des beaux arts. La compagnie a une exigence forte et vise à explorer de nouvelles formes théâtrales, elle écrit ses propres textes et apporte un regard neuf sur le jeu de l’acteur en déplaçant les codes habituels de l’art dramatique. La compagnie se veut en lien avec des problématiques liées à notre époque, elle utilise le cinéma et la photographie comme terrain de recherche pour ses créations. Shindô apporte un univers singulier tout en proposant une réflexion sur l’art en train de se faire, et de l’acte créatif lui-même. Le plaisir du doute comme consigne. Et comme objectif, procurer au spectateur aguerri sa crédulité enfantine. Jouer du faux pour découvrir le vrai, masquer pour révéler car aujourd’hui les frontières deviennent de plus en plus imprécises. Nous proposons au spectateur une place active, à savoir celle de juger de la véracité de ce qui lui est présenté, et puis apprendre à lâcher prise et rire car effectivement le monde est un théâtre. Un théâtre empirique (où tout est jeu). Notre principal souci étant de procurer au spectateur la même joie que nous éprouvons à jouer de nous même et de la création. Nous voulons faire partager avec une certaine auto-dérision notre regard sur le monde à la fois absurde, léger et malgré tout sérieusement bouleversant.

Anaïs Müller

Thomas Pasquelin

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.