Un cri qui ne reprend jamais son souffle

suivi de Poèmes de la main gauche

Un cri qui ne reprend jamais son souffle
.. il y a dans l’écriture le besoin impérieux de libérer le monde intérieur de ses limites, de lui offrir une voie / voix de sortie, pour obéir à une pulsion vitale, oui comme un cri ou un rire, et d’autre part le bonheur de contemplation du monde extérieur, de ce qu’il offre comme sources et ressources pour étancher nos soifs… Je crois au fond que je n’ai pas le choix d’écrire. Je pense à ces petits vieux qui restent fringants parce qu’ils vont tous les jours s’occuper du jardin.

Paru le 3 juin 2022

Éditeur : La rumeur libre

Poème
de l’instant

Leconte de Lisle

Midi

Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le Néant divin.

Leconte de Lisle, 1818-1894, « Midi », Poésies antiques, 1852.