Un cul de sac dans le ciel (extraits)

Bernard Ascal

Extraits de « Un cul de sac dans le ciel », Éditions Rhubarbe, 2009.

À mes corps et esprit défendant, je traverse, au sein d’un monde en détresse, de nombreuses crises de bien-être. Pour atténuer ces privilèges, je partage mon temps libre entre des œuvres de charité et d’exténuantes courses montagnardes.

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Après la montée, la descente, après la descente, la montée précédent une nouvelle descente devançant une prochaine montée qui anticipe…
Ah ! les pompes des cours de gymnastique scolaire, il n’y avait que quelques séries de dix à enchaîner !
Ah ! les chapelets des cours de catéchisme, il n’y avait que quelques séries de cent à égrener !

Abrutissement hypnotique engendré par la fatigue et la répétition ad libitum.
Perte irrémédiable du libre-arbitre.
Effondrement de la volonté.
Une-deux, up-down.
Monter-descendre
Sans issue.

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Exempté de sac à dos et néanmoins souffle coupé, non par la beauté du paysage, mais par le manque d’oxygène. Je m’entraîne à suffoquer.
Excellent pour le reste de l’année : impôts, feux rouges, amendes, contrôles, vapeurs d’oxyde et vexations diversifiées.

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Dans les pays les plus riches du monde, ceux qui se développent à mesure que les autres sombrent dans un dénuement endémique, la fatigue physique est devenue une denrée génératrice de profits.
La fatigue : nouvelle quête, nouveau créneau de vente, nouveau pèlerinage.

Les sociétés occidentales ne procurent plus à leurs populations les doses indispensables de Fatigue-Travail, aussi leur inoculent-elles des substituts de Fatigue-Loisirs. Divertissements à la chaîne. Pointage aux trois-huit ludiques ?

Poème
de l’instant

Federico García Lorca

« L’homme approche … »

L’homme approche plus rapidement par la grâce de la poésie du bord où le philosophe et le mathématicien tournent le dos au silence.

Federico Garcia Lorca, 9 octobre 1935.