Un cul de sac dans le ciel (extraits)

Bernard Ascal

Extraits de « Un cul de sac dans le ciel », Éditions Rhubarbe, 2009.

À mes corps et esprit défendant, je traverse, au sein d’un monde en détresse, de nombreuses crises de bien-être. Pour atténuer ces privilèges, je partage mon temps libre entre des œuvres de charité et d’exténuantes courses montagnardes.

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Après la montée, la descente, après la descente, la montée précédent une nouvelle descente devançant une prochaine montée qui anticipe…
Ah ! les pompes des cours de gymnastique scolaire, il n’y avait que quelques séries de dix à enchaîner !
Ah ! les chapelets des cours de catéchisme, il n’y avait que quelques séries de cent à égrener !

Abrutissement hypnotique engendré par la fatigue et la répétition ad libitum.
Perte irrémédiable du libre-arbitre.
Effondrement de la volonté.
Une-deux, up-down.
Monter-descendre
Sans issue.

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Exempté de sac à dos et néanmoins souffle coupé, non par la beauté du paysage, mais par le manque d’oxygène. Je m’entraîne à suffoquer.
Excellent pour le reste de l’année : impôts, feux rouges, amendes, contrôles, vapeurs d’oxyde et vexations diversifiées.

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Dans les pays les plus riches du monde, ceux qui se développent à mesure que les autres sombrent dans un dénuement endémique, la fatigue physique est devenue une denrée génératrice de profits.
La fatigue : nouvelle quête, nouveau créneau de vente, nouveau pèlerinage.

Les sociétés occidentales ne procurent plus à leurs populations les doses indispensables de Fatigue-Travail, aussi leur inoculent-elles des substituts de Fatigue-Loisirs. Divertissements à la chaîne. Pointage aux trois-huit ludiques ?

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.