Un écart de conscience

Auteur : Jean-Pierre Chambon

Un écart de conscience

Photographies de Christiane Sintès.

Un monde de peu d’écho
à la lumière affaiblie.

C’est du sein de cette pénombre dilatée
sous la balafre de brefs éclairs
que je veux t’écrire.

Je sais que les mots échoueront
à retracer les contours du décor
qui m’environne et à saisir le flux hâtif
et désordonné de ma pensée.

Mais je tente par eux de te rendre
le goût exact de ce moment
c’est ici mon seul projet
même si leurs petites ailes de lumière
ne soulèvent
qu’un terrible noyau d’obscurité.

Paru le 9 mai 2019

Éditeur : Le Réalgar

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage