Un jour, la Mer était bleue

Jean-Michel Léglise

Un jour, la Mer était bleue

« Avec le 5/7/5, forme traditionnelle du haïku japonais, Jean-Michel Léglise crée un rythme incantatoire pareil à l’incessant va-et-vient des vagues sur la plage.

La lame écumée
déferle sur le rivage
falaises tonnantes.

Ainsi portés par le langage poétique, comme un enfant par ses brassards, nous flottons dans un océan de mots et avançons sans effort de haïku en haïku, îles singulières d’un archipel reliées entre elles par le fil invisible d’un écho de sens.

Par la passerelle,
la lumière du soleil
perturbe mes songes.

Nous nageons loin, très loin, toujours plus loin, jusqu’à l’horizon. Comme en rêve. Un rêve où tout commence par le brillant reflet des cieux sur une mer étale.

La mer est bleue.

Mais très vite l’eau sombre s’enrage et le songe devient cauchemar, le réel s’impose dans toute sa brutalité. À une mer idyllique répond une mer envahie d’un septième continent.

À défaut de Mer
des espaces de déchets –
Filets entravés.

La mer couleur plastique. »

- Extrait de la préface de Dominique Chipot

Paru le 1er novembre 2020

Éditeur : Unicité.

Poème
de l’instant

Fleur de peau

Je n’ai jamais passé la mer
Pour quitter mon pays
Je n’ai jamais risqué ma vie
Je n’ai jamais frôlé la mort
Au hasard de la folie
Jamais voulu l’oubli
Je n’ai jamais serré la main
menottée de la loi
Jamais perdu, brisé ma voix
Et pourtant chaque jour
Je sens monter la plainte sans joie
Oh mais tais-toi

Jeanne Cherhal, « Fleur de peau » , L’An 40 , Éditions Tibia, 2019.