Une femme sans pays Eavan Boland

Une femme sans pays Eavan Boland

Prendre la parole dans un pays comme l’Irlande, trouver sa place dans une tradition poétique majoritairement masculine n’allait pas de soi. C’est ce parcours passionné et paradoxal que retrace ce choix de poèmes publiés entre 1974 et 2014. La rencontre de la poésie de Sylvia Plath ainsi que son suicide en 1963 montrent très tôt à Eavan Boland la nécessité de sortir de l’impasse de la dichotomie entre la femme et le poète. Se délivrant du carcan classique, elle laisse éclater sa révolte en tirades surréalistes abordant les sujets féminins réprimés, exaltant la maternité. La fréquentation des féministes américaines lui permet d’élargir et de libérer son registre. Iconoclaste, elle s’en prend aux images de la nation irlandaise et démythifie, démystifie le féminin afin de « sortir du mythe pour entrer dans l’histoire ». La quête d’identité de la nation et celle de la femme se rejoignent. La poésie d’Eavan Boland est à la fois irlandaise et universelle puisque, comme l’indique le titre du livre inspiré d’une citation de Virginia Woolf, une femme est par définition « sans pays ». Ce livre est la première publication en français d’un choix de poèmes majeurs d’Eavan Boland. La traductrice, Martine Chardoux-De Clercq, a déjà publié l’anthologie bilingue Poésie irlandaise contemporaine (Le Castor Astral, 2013).

Paru le 1er février 2015

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.