Une machine à voir

Auteur : Bernard Noël

Une machine à voir

J’ai été un débutant en reflets. Il suffit d’un miroir comme matériel. Quand vous regardez l’espace du miroir, vous y percevez quelque chose de substantiel et de volumineux qui est analogue à l’espace du regard, mais qui, dans le regard, demeure ordinairement imperceptible. La profondeur du miroir est illusoire et cependant révélatrice  : elle indique une épaisseur à travers laquelle il faut progresser. Si je transpose cela au regard, il se produit, une légère fêlure dans son immédiateté, et je m’aperçois qu’il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour voir, il. faut, en plus, regarder…

Bernard Noël est l’auteur d’une œuvre impressionnante par ses dimensions, ses perspectives et influences. Il est l’auteur de plus de cinquante ouvrages depuis son premier texte en 1953 qui déjà voulait cerner la relation entre le corps, le langage et l’identité. “Que voit-on quand on voit ? Qu’est-ce qu’un regard ? Voyons-nous les choses ou bien le sens qu’elles ont pour nous ? L’espace du regard, c’est le visible, mais cet espace n’est-il pas le pendant extérieur de celui que nous qualifions de mental ? Les images du visible, en traversant nos yeux, ne deviennent-elles pas les figures de notre pensée ?”

De l’ensemble de ces interrogations est forgée cette Machine à voir.

Paru le 16 avril 2019

Éditeur : Fata Morgana

Genre de la parution : Prose

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

L’homme désert

Il n’y a pas d’aigle sans désirs.
Il n’y a pas d’aveugle sans regard.
Il n’y a pas de Bonheur.

Mais il n’y jamais ce chant tournoyant et délivrant, cette Parole de toujours, cette terrasse de splendeur portée entre les bras du jour, il n’y a pas ce chant et cette bouche qui chante, et ce corps qui chante cette bouche, et ce désir qui chante ce corps qui l’emporte à sourire, s’il n’y a pas Celle même qui attend encore, au milieu des palmes et des pluies, d’être déliée de son ombre.

André Delons, L’homme désert, Éditions Rougerie, 1986.