Une maison à l’ouest d’à peu près tout de Sébastien Kérel

Une maison à l'ouest d'à peu près tout de Sébastien Kérel

Passages de gares en gares, déflés d’images zébrées derrière les vitres d’un train, voyage, voyage, encore voyage, ce livre de Sébastien Kérel semble a priori une sorte d’échappée dont on ne peut vraiment saisir le point de départ ni le point d’arrivée, seulement le sens, d’est en ouest. Pourtant, première découverte à l’ouest (de… ?), il y a ce bureau parisien, siège central de l’ennui quotidien, ce lieu où naissent tous les désirs d’ailleurs, fuir les ombres, repartir chercher la lumière de l’Ouest, là où tous les regards se tournent, le bout du monde, là-bas. Où ? N’importe, on y va : la Bretagne, le Golfe du Morbihan, l’île aux Moines, et puis Tanger, le Maroc, Salé, Fès, Marrakech, Essaouira, Gibraltar,
et puis à nouveau la Bretagne, Belle-Île, toujours l’Atlantique, l’Ouest, mais il faut aller plus loin, le Chili, jusqu’aux derniers mots d’une éternelle évasion, celle des « pêcheurs en cirés » qui « comme les crabes ne savent pas où finit le monde ».
Notes éparpillées, poésies, correspondances, le chemin ne s’arrête jamais. La fin du livre n’est pas une fin, peut-être même le commencement. Roman ? Poème ? Ni l’un ni l’autre, ou un peu des deux. Carnet de bord, oui, en toutes formes, bouts de prose et de vers, et même çà et là quelques petits morceaux de courrier
bureaucratique, comme des clins d’œil jetés sur les bas-côtés de la route. Sébastien Kérel est bien un Arpenteur, un de ceux qu’on a envie de suivre, non pas pour découvrir les étapes du voyage, mais pour les fondre dans une sorte de confort crépusculaire, la douce lueur de l’Ouest, si peu près de tout.

François-Pierre Nizery

Paru le 1er janvier 2011

Éditeur : Arpents Riveneuve

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

L’énergie vagabonde

Quand un cheval de Troie entre dans une ville, porteur d’un virus qui affole les esprits et paralyse les corps, on a intérêt à emprunter les seules portes encore ouvertes : celles de la poésie.

Sylvain Tesson, L’énergie vagabonde, Robert Laffont, 2020.