Une sorte d’au delà

André Velter

À ciel ouvert le monde est un soleil levant,
Un éblouissement qui tape au fond des yeux
Et mène par des chemins inoubliables
Vers des lieux des rivages des êtres oubliés.

Droit devant chevalier désarmé,
Le voyage en Orient ne cesse de conquérir une sorte d’au delà,
Une autre solitude un autre accès à soi,
Comme marcher de Séville à Tanger de Kairouan à Babylone Ispahan

 Bénarès ou Lhassa.

Les îles de terre ferme se trouvent sous nos pas,
Aussi réelles que l’éveil de nos utopies actives,
Aussi magnétiques que l’inconnu qui jamais ne s’égare
Et sait de source foudroyée que toute la place est pour la beauté.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.