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Fonds : Jean-Pierre Sintive.

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À la vitesse des nuages

11 septembre 2019

À la vitesse des nuages

Femmes défigurées à l’acide, coupures
d’électricité, surnoms qu’ils se
donnent dans les messages radio quand ils
sont en filature la nuit.
Le narrateur avait toujours
parlé le français, cette langue
dont il pouvait prédire qu’elle serait morte
avant que l’on sache où elle finissait.
Il faudrait être moderne à peu près
comme au XVIIe siècle, mais on compte
beaucoup trop d’artistes
aujourd’hui : ils sont dix fois plus nombreux que les chats.
Ton écharpe est tombée
bien (…)

État stationnaire

21 août 2019

État stationnaire

L’idée principale était de favoriser la plus grande immobilité des choses, de parler très peu, et de contempler le plus longtemps possible des intervalles où rien de particulier ne se passait ; et l’idée était aussi d’être heureux dans l’état stationnaire. De ne plus vouloir à côté de l’état où j’étais, mais de me pelotonner dans la chaleur de l’état, dans le réconfort d’une durée, sans aucun accident, ni des pensées ou des imaginations, qui m’auraient poussé à déborder ou entreprendre. Je me contentais très bien (…)

Archaïques les animaux

7 juin 2019

Archaïques les animaux

C’est un poème en forme de long voyage. C’est un poème des origines, de la sortie de la nuit et de la naissance des langages et des idées : entre culpabilité et maternité, comment a-t-on appris à être humains, et que faire de ceux que l’on met au monde ? L’écriture de Hester Knibbe est d’une sècheresse qui prend feu, brûle par les deux bouts, infiltre sa violence froide dans les tissus de l’homme, dans son histoire. Elle vient couper la parole. C’est un panorama de l’espèce, de notre sédentarité. Plus (…)

Le soleil de la salamandre

17 mai 2019

Le soleil de la salamandre

Traduit du danois par Janine Poulsen.
60 poèmes, un pour chacune des années de la vie de l’auteur, de sa naissance en 1952, jusqu’à 2011. Une remontée chronologique de l’existence, qui s’ouvre sur l’enfance et ses mots primitifs, les premières appréhensions, les premières sensations de la vie. Les odeurs de la ferme familiale, de l’écurie, de la terre. En fragments, en ellipses, en évocations, des poèmes en forme d’éclats qui nous composent et nous traversent : le petit frère mort-né, les perte des (…)

Mire

10 mai 2019

Mire

Dans ce premier livre saisissant, acclamé par la critique littéraire américaine et finaliste du National Book Award en 2016, Solmaz Sharif embrasse l’histoire récente : la guerre Iran-Iraq, les attaques américaines au Moyen-Orient, Guantanamo…. Issue de l’exil, elle cherche à la fois sa mémoire et son foyer, la guerre est son lien naturel au monde. Pour ceux qui l’ont vécu, un conflit n’est jamais terminé, il se perpétue dans les images, entre hantise et témoignage. Mire est un tableau virtuose de (…)

Verger

12 avril 2019

Verger

Le verger n’est pas une métaphore, c’est un rapport au monde. Une attention constante au soin, à la forme des fruits, à la hauteur et la direction des branches. Une attention à des cycles plus vastes que l’homme. Faire croître c’est avoir conscience de l’environnement : pruniers, abricotiers, cerisiers, chaque arbre porte son caractère, sa nature. Patience, attention et gestes sûrs sont nécessaires à leur apprivoisement. Cédric Le Penven pèse les heures dans ce livre rythmé par l’écoute des arbres et la (…)

L'air cicatrise vite

18 mars 2019

L’air cicatrise vite

Depuis des années, je fréquente cet endroit. J’y déplace des pierres, fais des encoches dans les arbres. J’ai même planté des fleurs près du muret. Le plus souvent je m’assois et pendant une heure ou deux, je contemple le paysage.
De mes passages rien ne subsiste. Les encoches ont disparu et les pierres continuent leur course.
Le monde est peuplé d’ombres, les nôtres pour la plupart. Nous le traversons, nous déchirant dans l’air qui se referme si vite derrière nous. Gestes, respirations, mots, notre (…)

L'Oscil

15 mars 2019

L’Oscil

Ce premier livre d’Eva Mulleras se déploie dans une couture corporelle à la fois creusée et bafouée. Un corps sans corps, en dévoration, en dissolution. Une oscillation de masses et d’ombres, au bord du vertige. Avant la chute, une tension retenue, des mains des formes, des clartés. Le monde est coupant comme la lumière, dans la confusion des corps on déchire un regard ou le ciel. On s’épuise, on fuit, expulsés à la fois du rêve et de « notre peau inhabitable ». On se sort de soi-même, dans une (…)

Artiste et modèle

15 mars 2019

Artiste et modèle

De la peinture et du réel, lequel de ces deux mondes est le plus plat ? Et quelle est notre place, dans cet aller et retour entre le corps des images et notre propre corps, dans cet intervalle ? Carol Snow déplie les épaisseurs de notre présence aux choses, dans les impressions fugaces, les bruits du matin, les mouvements et l’attente. Son écriture retenue, mais jamais rétractée, s’ouvre de l’intérieur, dans une discrétion douce, en touches précises, irradiée de soudains accès d’intimité. Nous sommes (…)

Venise, de Jean-Gilles Badaire

21 décembre 2018

Venise, de Jean-Gilles Badaire

Jean-Gilles Badaire a peint ce carnet, que nous reproduisons au format réel, au cours d’un séjour à Venise effectué à l’automne 2017. Délaissant les rues et monuments typiques de la ville, il s’est intéressé à sa lagune, à la vision de l’île de Torcello au large de la cité. Badaire peint les brumes, l’humidité et le dépouillement du paysage, dans une simplicité ocre et crépusculaire.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.