Valognes, souvenir

Christian Prigent

VALOGNES, SOUVENIR

Que sais-tu de Valognes ? — Rien.
Sauf que ce rien t\’étreint
Le cœur : ruines, gravats
Car l\’Histoire ici renragea.

C\’est en quarante-quatre, été,
Après les raids, bombes, fusées.
Partout : des vies écrabouillées
Sous les fureurs. Mais : incrusté

Ici de deux petits cyclistes.
C\’est ton père et ta mère en fond d\’apocalypse.
Lui, à Valognes, prof ; et elle à Octeville.
Mais parmi ces horreurs : bonheur ! Jubile :

Ils fuient, jeunes, dans les fracas,
Vers leur Bretagne. Et ton cœur bat
Car c\’est de cette joie que tu naquis.

À Valognes, du coup — à eux surtout : merci.

Christian Prigent

Poème
de l’instant

Tchernobyl, récits

J’ai ramassé, dans les environs du réacteur, une pierre que j’ai longtemps eue posée sur la bibliothèque, je la regardais, parfois aussi je la prenais dans mes mains. Un ami qui passait chez moi et a appris d’où elle venait l’a jetée par la fenêtre.

Ingrid Storholmen, Tchernobyl, récits,Traduit du norvégien par Aude Pasquier, Éditions LansKine, 2019.