Valognes, souvenir

Christian Prigent

VALOGNES, SOUVENIR

Que sais-tu de Valognes ? — Rien.
Sauf que ce rien t\’étreint
Le cœur : ruines, gravats
Car l\’Histoire ici renragea.

C\’est en quarante-quatre, été,
Après les raids, bombes, fusées.
Partout : des vies écrabouillées
Sous les fureurs. Mais : incrusté

Ici de deux petits cyclistes.
C\’est ton père et ta mère en fond d\’apocalypse.
Lui, à Valognes, prof ; et elle à Octeville.
Mais parmi ces horreurs : bonheur ! Jubile :

Ils fuient, jeunes, dans les fracas,
Vers leur Bretagne. Et ton cœur bat
Car c\’est de cette joie que tu naquis.

À Valognes, du coup — à eux surtout : merci.

Christian Prigent

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.