Valognes, souvenir

Christian Prigent

VALOGNES, SOUVENIR

Que sais-tu de Valognes ? — Rien.
Sauf que ce rien t\’étreint
Le cœur : ruines, gravats
Car l\’Histoire ici renragea.

C\’est en quarante-quatre, été,
Après les raids, bombes, fusées.
Partout : des vies écrabouillées
Sous les fureurs. Mais : incrusté

Ici de deux petits cyclistes.
C\’est ton père et ta mère en fond d\’apocalypse.
Lui, à Valognes, prof ; et elle à Octeville.
Mais parmi ces horreurs : bonheur ! Jubile :

Ils fuient, jeunes, dans les fracas,
Vers leur Bretagne. Et ton cœur bat
Car c\’est de cette joie que tu naquis.

À Valognes, du coup — à eux surtout : merci.

Christian Prigent

Poème
de l’instant

Coplas

Moqueur siffle le merle
quand l’alouette lève
sa volée en ton cœur.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.